Photo: David Ledoux



ices et Azyle, deux des plus gros vandales du graffiti français, se sont faits arrêter par la Cellule anti-tag de l’unité de la police des gares, à la fin du mois de juin dernier. Ça nous était passé par-dessus la tête, parce qu’on ne s’intéressait plus trop au graffiti depuis environ 1983, jusqu’à ce qu’on rencontre Vices et qu’il nous raconte l’histoire de son arrestation. On a hésité à dévoiler cette interview avant son procès, mais, entre-temps, Vices s’est fait rattraper par une autre affaire sans rapport avec le graffiti, et condamné à deux ans et demi de prison ferme. On peut donc publier cet entretien sans craindre de lui nuire.

Vice: Vous êtes vraiment les plus gros vandales français, Azyle et toi?

Vices:
Ça je sais pas, mais ce que je sais, c’est qu’on a eu droit à la plus longue enquête et à la plus grosse amende de tous les temps pour une histoire de graffiti. 600 000 euros d’amende et sept mois d’enquête, dont deux mois de filatures quotidiennes. Enfin, ils ont surtout suivi Azyle et ils hallucinaient parce qu’il n’a pas le profil de l’emploi, vu qu’il a 32 ans, une femme, un enfant, et un travail de jour dans les assurances.

Et toi, t’as quel âge?

28 ans. Ça fait dix ans que je suis là-dedans.

T’es pas un peu vieux pour taguer? C’est pas l’âge où on arrête pour trouver un vrai travail ou vendre des toiles dans le Marais?

Oui, mais bon moi, je sais que j’arrêterai pas. Je peux pas arrêter, c’est pas possible, j’en ai besoin, c’est aussi urgent que d’aller aux toilettes, c’est pareil, c’est obligé. C’est ça mon travail. Au XVIe siècle, les mecs peignaient des meufs à poil, ils mangeaient du pain et de l’eau toute la journée, ils se cachaient pour les peindre et tout... Et ben moi, c’est pareil avec les métros.

Tu trouves pas ça chiant à la longue ces histoires de «culture hip hop»?

Y’a pas une seule once de hip hop dans ce que je fais, rien à voir. C’est pas influencé par l’Amérique, c’est vraiment un truc parisien, français. C’est aussi pour ça que les flics ont kiffé. Déjà, je peins pas des lettres, je peins des caricatures de pénis. En fait, je suis dans le milieu du graffiti sans l’être parce que je calcule rien de ce que font les autres, sauf si on me toye ou quoi, là je vais calculer.

Et t’as toujours posé Vices?

Ouais, toujours. Souvent les mecs changent de noms pour ne pas se faire trop cramer, le concept de Vices c’est justement de pas changer de nom, de poser tout le temps la même chose. Certains font vingt fois le même nom et après ils en changent pour ne pas se faire serrer, ou s’ils se font serrer, ils ne prennent que pour un seul nom. Et maintenant les petits, ils changent de nom à chaque fois qu’ils vont se faire un métro. Moi, si je ne change pas, c’est pour le côté kamikaze. Toute notre démarche à Azyle et moi, c’est un peu un truc de commando, on se prépare psychologiquement pour y aller.

Pourquoi Vices? T’as des vices particuliers?

Non ben justement à la base, j’en ai pas trop, je fume pas, je bois pas. Disons que mon seul vice, c’est le vol. Je tape dans les magasins, je vole tout ce dont j’ai besoin.

Raconte-nous le jour de l’arrestation…

Ben, ce jour-là je me suis levé à 14h, comme tous les jours, j’ai bu mon chocolat au lait et je me suis préparé physiquement et psychologiquement.

Ça consiste en quoi cette préparation?

On enfile une cagoule, une combinaison, des gants et on emmène un extincteur [une grosse lacrymo, NDLR] et un tournevis, à titre défensif, au cas où on devrait neutraliser un chien. Donc, ce jour-là, je rejoins Azyle, on prend sa caisse et on part rder. Le repérage, c’est 80% de notre travail. D’abord, on surveille pour connaître les horaires des rondes des maîtres-chiens et savoir à quelle heure passent les ouvriers et les nettoyeurs. Puis, il faut préparer les lieux: neutraliser les caméras et les détecteurs à infrarouges. J’ai une formation d’électricien, ça aide. Ensuite, on se force à attendre quelques jours et on revient pour voir si rien n’a bougé. Avec Azyle, on est forcé de vivre dans la paranoïa. Je regarde tout le temps derrière moi.

Mais là vous n’avez pas remarqué les flics?

Il paraît qu’on les a regardés plusieurs fois dans la soirée. Mais, le seul truc que j’ai remarqué de bizarre, c’est ce rouquin qui traînait là. Je me suis dit: «Tiens, c’est pas son secteur à ce type, c’est pas un coin à rouquins La Chapelle, t’y croises des blacks, mais pas des rouquins.» Au moment où on rejoignait la voiture, le rouquin s’est approché de nous. Il a sorti un gun et nous a braqué en gueulant: «Police, bouge plus!»

T’as eu peur en voyant le flingue?

Non, parce que je savais qu’il ne tirerait pas. Je me suis dit: «Il pense qu’on voulait braquer la bagnole». Quatre ou cinq autres flics sont arrivés. Quand l’un d’entre eux a dit: «Vincent, Sylvain, on vous place en garde à vue». On a compris que c’était pour le graffiti. Ils nous ont serrés près de notre voiture parce qu’ils savaient qu’une fois sortis du dépôt, l’adrénaline redescend, et qu’on serait moins dangereux. Dans le dépôt, c’est un coup à mal finir, les flics savent qu’on est plus filous qu’eux.

C’est ça qui te plaît, le jeu du chat et de la souris?

Pendant des années, on était tellement bons dans ce qu’on faisait qu’il n’y avait même pas de chat. Là, ils se sont vraiment pris la tête pour nous avoir. Ils ont fait un bon truc, ils ont bien travaillé.

Comment ça s’est passé avec eux?

Beaucoup de respect entre nous, comme dans les reportages sur le grand banditisme. Ils nous payaient le café, et ils m’ont tous dit qu’ils aimaient bien ce qu’on faisait. Ils s’y connaissent les mecs, ils ne font pas ça par hasard, et puis ils avaient des nouvelles de nos créations toutes les semaines, qu’on aime ou qu’on aime pas le graffiti, on s’habitue.

Et tu m’as dit que t’étais pas content de n’avoir eu que 600 000 euros d’amende, ça correspond à quoi?

Lorsqu’ils arrêtent une personne, ils enquêtent ou ils ont déjà enquêté, donc ils retrouvent toutes les dégradations, et une fois qu’ils ont les dégradations, ils font les devis, le nombre d’heures où le train a été arrêté, l’immobilisation de la rame, euh... j’crois le nombre de produits, le nombre d’heures passées à nettoyer, si c’est de jour ou de nuit... Enfin, ils comptabilisent tout. Après ça donne un chiffre qui est l’amende. Là-dessus, ils nous ont compté que 30%. C’est dommage, on méritait au moins le million! De toutes façons, je vois pas comment je pourrais payer autant. 2 000 euros par mois! Je suis censé faire quoi? Un braquage ou vendre de la drogue? C’est mort.

PROPOS RECUEILLIS PAR MATT BLOCK


COMMENTS
Date: May 18 2008 11:32:28 AM
Author: pfff...

"Ca nous était passé par-dessus la tête, parce qu'on ne s'intéressait plus trop au graffiti depuis environ 1983"

... et c’est pour ça qu’on a demandé à Mode2, la légende du graff de la fin des années ‘80/ début ‘90, de nous faire le logo « VICE » pour notre mag’...



Subject: Esprit manichéen
Date: Nov 29 2007 05:19:32 AM
Author: R.

"C’est pas l’âge où on arrête pour trouver un vrai travail ou vendre des toiles dans le Marais? "

On peut vendre des toiles et continuer... Mais bon fallait s'y interresser aprés 83 pour le savoir, journaliste! Ha ha ha!

Respect où que tu te trouves ce jour, ViCES, 20/20.



Subject: Opportunistes
Date: Nov 29 2007 05:13:10 AM
Author: Opportunistes

"Ça nous était passé par-dessus la tête, parce qu’on ne s’intéressait plus trop au graffiti depuis environ 1983"

Rien que ça...



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Finally someone’s fucking an Asian dude. Maybe now we’ll have one less Virginia Tech meltdown.
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