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DOS & DON'TS
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Il a photographié des scènes de crimes à Mexico pendant cinquante ans. Comment a-t-on fait pour ne pas le découvrir plus tôt? M. Metinides nous parle de sa vie et de son travail. Imagine que c’est ton grand-père.
C’est à cette époque que j’ai commencé à photographier des accidents de voitures. Quand il y avait un accident, la police ramenait les voitures accidentées devant le commissariat du centre-ville. C’est là que j’allais prendre mes photos. J’étais un grand fan des films de gangsters, Al Capone, et tous les films policiers. J’allais les voir au cinéma. Ça me fascinait complètement. L’année qui a suivi mes débuts de photographe, mon père a ouvert un restaurant où les flics du quartier ont pris leurs habitudes. J’ai fait ami-ami avec beaucoup d’entre eux et ils m’ont amené au commissariat pour que je photographie les gens qu’ils arrêtaient et les cadavres qu’ils ramassaient. Je me souviens qu’un jour, à 11 ans, j’ai vu un homme qui venait de se faire décapiter. Quelqu’un l’avait attaché sur des rails, et le train lui avait tranché le cou. C’était la première fois que je voyais un cadavre d’aussi près. J’ai pris une photo où il tenait sa tête entre ses mains. Après ça, j’ai commencé à travailler comme assistant pour un photographe de scènes de crime. Je voyais 30, 40, 50 macchabées par jour. Déjà à l’époque, j’avais vraiment envie de devenir «reporter criminel» et je collectionnais les histoires de crimes dans la presse du monde entier. Je les découpais et je les collais dans un album que j’avais acheté exprès. Un jour, il y a eu un accident de voitures juste à côté d’un restaurant que mon père avait ouvert, à San Cosme. Je me suis précipité pour le mitrailler. Un photographe du journal La Prensa était là aussi, et quand il m’a vu, il m’a proposé de devenir son assistant. C’est comme ça que j’ai eu mon premier boulot. J’ai commencé à couvrir toute la ville et le journal choisissait toujours mes photos parce qu’ils trouvaient que c’était les meilleurs clichés. Ça, c’était à l’époque de mon entrée au collège. À 14 ans, je bossais avec un autre grand journal, le Zocalo, et avec plusieurs magazines mexicains spécialisés dans les faits divers, comme La Alarma, Crimen, et Nota al Crimen. En ce temps-là, les policiers et les pompiers étaient très coopératifs, pas comme aujourd’hui. Ils me laissaient monter dans leurs véhicules et pénétrer sur la scène de crime. Maintenant, ils ne te laissent plus du tout approcher parce qu’ils ne veulent pas que les gens sachent ce qui se passe vraiment à Mexico. J’ai photographié des crimes pendant cinquante ans. J’ai commencé à l’âge de 10 ans et j’ai arrêté à 59 ans. J’ai vu plus de corps que n’importe qui. Je pense que j’en ai même vus plus que Weegee, et j’adore Weegee. Je suis son plus grand fan. Je dois avoir sept livres de lui à la maison. D’ailleurs, un livre qui mélange mon travail et le sien a même été publié en France. Weegee avait installé une radio branchée sur la fréquence de la police dans sa voiture. J’ai été le premier photographe de Mexico à faire la même chose. Dès que la police était informée d’un crime, je savais exactement où c’était et, parfois, j’arrivais même avant eux. Quand j’étais sur une scène de crime, je photographiais la maison, l’arme, les témoins, les badauds, les photos représentant les victimes encore en vie… Tout. Je donnais même mes photos aux autorités pour les aider dans leurs enquêtes. Ils ont résolu un crime grâce à un de mes clichés. J’avais l’habitude de prendre des photos de la foule qui venait reluquer les cadavres. Une fois, j’ai photographié tous ceux qui étaient présents sur une certaine scène de crime, et il s’avère que l’un des badauds était le meurtrier, et aussi le meilleur ami de la victime, qui avait dit qu’il était en province le jour fatidique. On le voyait sur une de mes photos en train de regarder la scène de crime, alors qu’il avait juré lors de son interrogatoire qu’il était chez des amis, dans une autre ville. À Mexico, il y a toujours eu beaucoup d’accidents et de morts. Je me souviens d’un nombre incalculable d’affaires où les corps étaient découpés en petits morceaux et dispersés dans toute la ville. Mexico est un endroit où ont lieu les pires crimes inimaginables. J’ai vu plus d’accidents et d’homicides que ce que vous pouvez penser. Mais j’aurais vraiment aimé être à New York le 11 septembre 2001. Quel spectacle! PROPOS RECUEILLIS PAR SANTIAGO STELLEY À SUIVRE: ENRIQUE METINIDES | 1 | 2 | |