Bernard Schmitt et sa femme Édith nous ont accueillis pendant les dix jours de notre séjour à Behren. Le père de Bernard était mineur. Certains soirs, au coin du feu, il nous montrait les livres de sa bibliothèque et nous parlait de sa région.




GERMINAL
Émile Zola
Hachette

J’ai lu le bouquin et j’ai vu le film, comme tout le monde. Mais je soupçonne Zola d’en avoir rajouté un peu. Fallait bien faire pleurer dans les chaumières pour vendre du papier journal. En tout cas, mon père n’a pas connu tout ça. La vie des mineurs dans les années 1950, ça n’avait rien à voir. On mangeait tous les jours, on était bien habillés, ceux qui voulaient étudier le pouvaient. Bon, le père picolait bien un peu, mais c’était dans la culture du coin. Les hommes n’avaient pas le droit de boire au fond, mais ils descendaient quand même avec une gourde pour le café et une autre pour le vin, tant qu’il n’y avait pas d’accident. Les vraies patronnes, c’était les femmes. Ce sont elles qui savaient écrire, elles qui faisaient les démarches administratives et qui tenaient les cordons de la bourse. Il arrivait même qu’elles aillent directement chercher la paie au guichet pour qu’elle ne finisse pas au bistrot. Je me rappelle que Maman faisait des enveloppes : une pour la bouffe, une pour le chauffage...Et il ne serait jamais venu à l’idée de mon père de piquer quelque chose dans une des enveloppes. Il partait avec une pièce sur lui pour se payer une chopine en sortant du fond, mais c’était ma mère qui la lui donnait.



MINEURS DE LORRAINE
L’Histoire du fer et du charbon
Le Républicain Lorrain

Sans mauvais jeux de mots, ces suppléments du Républicain Lorrain, c’est une vraie mine. J’ai lu quelque part l’histoire de ce quotidien de droite. C’était pas la droite dure mais c’était pas L’Huma non plus. Papa ne parlait jamais de son travail, sans doute parce qu’il trouvait le métier dangereux et ingrat. Avant notre naissance, il a eu un accident grave, ça devait être un éboulement, on savait juste qu’il touchait une rente tous les trimestres, mais ça s’arrêtait là. On ne savait pas à quoi ça ressemblait au fond. Il y avait bien une revue qui s’appelait Mineurs de France, mais c’était de la propagande stakhanoviste qui ne parlait que de rendements. Mon père a bien dû faire une ou deux photos au fond qu’il nous a montrées mais on n’avait aucune notion de la profondeur, ou du danger réel. Alors quand il a décidé que mon frère et moi nous ne devions pas descendre au fond, il n’a pas eu besoin de nous dire pourquoi. On a un peu regretté quand nos copains de classe, qui commençaient à bosser au fond de la mine, ont pu s’acheter une voiture alors que nous, quand on draguait une nénette, on devait y aller en vélo.



MINEURS DE CHARBON LORRAIN
Robert Mourer
Falencité

Celui-ci je l’ai acheté parce qu’il raconte l’histoire des syndicats de mineurs chrétiens. Mon père n’était pas syndiqué, pour lui «les patrons de la mine, les syndicats, même combat. Tous pourris!» Qu’ils soient CGT, CFTC ou FO, il faut savoir que les mineurs n’avaient pas trop d’états d’âme quand il s’agissait de prendre la pioche et de casser des CRS. Pendant les deux ou trois derniers conflits, les mineurs étaient vraiment à bout, pour eux taper sur des CRS, c’était taper sur les politiques qui leur avaient menti. Quand les mines ont fermé, les gars sont partis avec les sous de leur congé charbonnier, 90% de leur salaire plus une grosse prime, un beau pactole. Il y a ceux qui ont investi dans un bistrot ou un salon de coiffure. Ceux qui se sont achetés la Mercedes et ceux qui sont descendus dans le sud parce qu’ils s’imaginaient que la vie était plus belle en bas. Mais ils sont vite remontés. Maintenant, ils sont à la maison et se coltinent maman à plein temps. Il leur faudrait une cellule de secours psychologique.



GRAND’PEUR ET MISÈRE DES «MALGRÉ-NOUS»
Marielle Lariaga
Éditions des Traboules

Marius vous a raconté son histoire. Celui-ci c’est juste un livre parmi tant d’autres. Comment les «Malgré-nous» ont été enrôlés, comment ils ont été accueillis à leur retour d’Allemagne. Mais on ne peut pas comprendre la région, si on ne parle pas des Schpountz. Les Allemands nous ont envahi au moins trois fois. Ici, on ne découvrait la langue française qu’en arrivant à la maternelle. Entre eux, mes parents se parlaient en patois. Ça ressemble beaucoup à l’Allemand parlé dans la Sarre. Je n’en ai gardé que les gros mots comme «Aschloch» ça veut dire «trou du cul» mais c’est beaucoup plus insultant en Allemand qu’en Français.


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It’s kind of scary to think Bin Laden could be anywhere, disguised as anything, with anyone, and the only thing that could give him away would be his corny, foreigner style.

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And on the steps of the Met, LES Sally continues her 20-year vigil for the return of the old New York.
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