Quelques-uns des nouveaux amis que nous avons rencontré sur le chemin. Photos prises par l’auteur.








MARDI

Trois heures de sommeil plus tard je me sentais «en pleine forme», alors je suis parti jeter un œil à quelques soupes recommandées par mes amis. Tout ce que la première proposait c’était des pommes, sales, sans rien pour les laver. Plus des potirons, crus, à emporter. Dans une autre pièce, il y avait du pain et des gens qui pelaient des pommes de terre. Quand j’ai essayé de prendre un peu de pain, je me suis fait jeter. Trop crevé pour essayer de comprendre. Je me suis juste assis là pour regarder les mecs jouer aux cartes pendant des heures dans leurs tenues dépareillées. À l’église de Wranglerstrasse, j’ai eu plus de chance. Une jolie nonne noire m’a donné une place et m’a servi autant de soupe de poulet et de pain semi-rassis que je voulais, sans me demander quoi que ce soit. On nous prenait en charge comme à la maternelle, ce qui est mille fois plus agréable, quand on est mort de honte et au bout du rouleau, que d’avoir à identifier qui tient les clés de la cuisine ou à présenter ton numéro de sécu.

L’église se trouve sur un des spots favoris des sans-abri du coin. Un genre de café où traîner, voir des conseillers, faire des demandes d’hébergement. Un supermarché Kaiser où se ravitailler en bières toute la journée.

On s’est posté là, à ne rien faire que parler allocations, football et comment le communisme c’était tellement mieux. Il y avait une femme pour cent mecs, une seule meuf dans toute la zone, aussi jolie et distinguée que Jabba le Hutt. Elle roulait ses joints avec l’herbe la plus miteuse de tous les temps, preuve supplémentaire que ces gens-là ont systématiquement le pire du pire. Des mecs me disent qu’ils vont dans un foyer où il y a de la place pour moi, des draps frais, de la soupe, tout. Cool. Et puis je commence à les trouver un peu insistants, ça m’inquiète. Et puis je comprends que mes fringues et mes cheveux ont beau être aussi crasseux que les leurs, ma peau post-pubère est plutôt nette, lisse comme une fesse de femme, vierge de maladies, brûlures ou balafres. OK: ils se préparent à me violer. Help.

Quand le froid tombe et que nous partons pour l’abri, je suis comme le veau qu’on mène à l’abattoir. Mais j’ai passé le point de non-retour, pas moyen de laisser mon rédac chef me traiter de lâcheur. On entre dans une grande pièce meublée d’une dizaine de lits superposés, un peu comme dans les films de guerre. Je ne sais pas pourquoi mais après l’extinction des feux, l’odeur des pieds et corps crasseux monte comme une chaleur. Et bien sûr, impossible de dormir. Ce n’est pas seulement la menace du viol qui me tient éveillé mais aussi la symphonie de ronflements ignobles, de grognements, ceux qui parlent dans leur sommeil, ceux qui dorment si mal qu’ils craquent de tous leurs os. Je crois sentir un peu de tension entre mes hôtes tandis qu’ils discutent de qui va tenter sa chance le premier. Et de fait, c’est le plus massif d’entre eux qui s’approche, un ossi à barbe et queue de cheval, et me demande humblement s’il peut dormir avec moi. Il meurt de froid et n’arrive pas à dormir, m’offre quelques Rohypnol ou Xanax en échange. Je suis beaucoup plus calme que j’aurais cru. Je décline. On me laisse tranquille pour le reste de la nuit.


MERCREDI

C’est mon dernier jour et je dois dire que, viol anal excepté, ça commence à me plaire. Bien sûr, je ne vis pas la vraie vie du sans-abri, je sais que mon lit m’attend bien chaud à la maison, et puis je cherche l’aventure, contrairement au mendiant normal, qui respecte une routine stricte et s’éloigne rarement de son territoire. Les plus dynamiques que j’ai rencontrés, deux frères irlandais, squattent toujours les mêmes quatre rues. Au coin de Brunnenstrasse et de Kastanienallee, il y a une vieille dame avec Sid Vicious tatoué sur le dos de la main qui reste assise là, de jour comme de nuit, sans jamais varier sa posture scoliotique. Quant aux cliques «grande distribution», elles sont toujours composées des mêmes, buvant les mêmes bières. Je passe la matinée à chercher un café pas cher, pour enfin trouver une pâtisserie pourrie servant un café pourri à 70 centimes la tasse, ce que je trouve tout de même loin d’être donné. Pas étonnant dans ces conditions que tous ces chômeurs préfèrent se mettre minables toute la journée plutôt que de chercher un job: pour le prix normal d’un café normal, un euro, c’est cinq cannettes d’un demi-litre qu’on peut se payer au Netto.

Ma dernière destination: le zoo de Bahnhof, spot mythique des héroïnomanes des années 80, immortalisé par Christiane F. Apparemment, la police a passé l’endroit au kärcher à la fin de la décennie, mais ça reste le point de rendez-vous des marginaux le plus flippant de la ville. Il y a plus de foyers, de soupes et de structures d’assistance dans les environs que dans tout le reste de Berlin réuni. Il y a même une charmant petit distributeur de capotes et de seringues. La mission de Bahnhof sert des sandwiches et du gâteau plutôt bons, sans trop soûler la clientèle: prostituées de 17 à 77 ans, punks à chiens, meufs sur-bonnes coiffées d’iroquois teints qui essayaient juste d’imiter leurs héros des eighties. OK, OK, des putes de 17 ans il n’y en avait qu’une, mais tellement vive et mignonne, à fendre le coeur. Rien ne la différenciait des autres ados allemands, blouson bleu pâle, couettes blondes et make up rose, maigreur et air maladif mis à part. Je n’étais plus d’humeur à me faire des amis, mais elle et les vieilles putes à perruques avaient l’air plutôt cool.

Cette nuit-là, après avoir traversé la moitié de la ville sous la pluie, j’ai découvert que le foyer où je me rendais n’existait pas. Internet se trompait, encore : à la place il y avait un gros immeuble Mercedes-Benz. Je me demande combien ils sont tous les ans à mourir de froid en cherchant ce putain de foyer. Il serait peut-être temps de mettre le site à jour.

HUMPTON B. DUMPTON


À LA RUE À BERLIN | 1 | 2 |

COMMENTS
Subject: bvo
Date: May 16 2007 05:28:23 PM
Author: trashtybo

pa mal l'article, mém si on apprend peu de chose ca donne envi de tenter l'éxperience...



Post a comment:
(posts that are not on topic will be removed)

Name:
Subject:
Comment:





You girls think that men are grossed out by your period-stained-hazy-hangover-Sunday boxer shorts, but you're dead wrong. They make us knock-kneed with horniness, and we have no idea why. Any theories?
Comments/Enlarge
See all


There are some girls that are so perfect everything they do is in slow motion and when they ask you for a cigarette it’s like an angel farting in your ear.

Comments/Enlarge
See all











Vendredi 28 Novembre de 21h à l'aube

avec : SANTOGOLD
DIPLO
UFFIE
CHAIRLIFT
YO YO DJS

Plus d'infos





Events / Reports
Photoblog
Regarder VBS.TV
Shop / Abonnements
Concours / Goodies
 
Retrouve-nous sur

PHOTOBLOG




ABOUT US | ABONNEMENTS | REPORTS | OÙ TROUVER VICE | JOBS

AUSTRALIA | AUSTRIA | BELGIUM: FRANÇAIS/NEDERLANDS | CANADA: ENGLISH/FRANÇAIS | DEUTSCHLAND
ESPAÑA | FRANCE | ITALY | 日本語 | MEXICO | NETHERLANDS | NEW ZEALAND | SCANDINAVIA | SCHWEIZ | UK | US


© 2006-2008, Vice Magazine | Privacy Statement | Site Development: Solid Sender